Critique littéraire : Waouh! Quelle annonce pour le romantique que j'étais!

Publié le par Fedida Maklouf

 

Lolita, où l'art du somptueusement malsain

Par Byron 

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Qui prétend s'intéresser de près ou de loin à la littérature a forcément déjà entendu dans un murmure le nom de Lolita. Il est en effet des livres dont il fait mauvais genre de parler. Lolita fait indéniablement partie de ce petit groupe d'oeuvre à avoir défrayé la chronique. En ce qui me concerne, j'ai découvert Nabokov avec ce roman. D'abord en jetant un oeil furtif dans la bibliothèque de mon père, puis plus tard, quand l'âge me le permit, en achetant moi même le roman afin de l'ajouter à ma bibliothèque. Au dos de la publication folio, on pouvait lire: 

 

" Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon pêché, mon âme. Lo-Lii-Ta: le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais, pour taper, à trois, contre les dents. Lo. Lii. Ta.

Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six et son unique chaussette. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l'école. Elle était Dolores sur les pointillés. Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita."

 

Waouh! Quelle annonce pour le romantique que j'étais! Quelle enseigne! Mais déjà, je sentais que quelque chose se tramait, en douce, à travers les pages du livre. Elles se préparaient sans doute à me marquer à jamais. Car oui, Lolita m'a marqué, comme rarement une oeuvre à su le faire.

 

- Hit Parade.

 

Si vous avez lu Lolita en entier, vous ne manquerez pas de remarquer les nombreuses références dans cette chanson écrite par Mylène Farmer et, et chantée par Alizée.

 

 

 

 

On pourrait presque lire Lolita comme on lit une tendre histoire d'amour. Passion désir, désespoir, tous les sentiments sont traités avec l'extrême finesse de la plume de Nabokov. 

L'histoire déjà, exprime l'ambiguité que l'on ressentira tout au long du bouquin.Le style interne est adopté, et on découvre le personnage d'Humber Humber, un gentleman amateur de littérature, très propre sur lui, qui nourrit pourtant un vice terrible: son attirance exacerbé pour les "nymphettes", comme il les appelle lui même; les petites filles. Vous avez bien compris, Lolitacompte les péripéties d'un pédophile, même si le terme n'est employé qu'à deux reprises dans le livre. 

Alors qu'il devient le nouveau locataire de Mme Häze, il fait la connaissance de Dolores Häze, allias Lo, allias Lola, allias Lolita dont il tombera éperdument amoureux. 

Je vais passer les détails de forme, mais sachez qu'Humbert Humbert passera tout au long de sa relation avec la petite par une foule de sentiment (environ un qui naît chaque trois pages), jusqu'à être complètement manipulé par Lolita. Une nouvelle question se pose alors judicieusement: peut on vraiment plaindre ce narrateur, victime de son amour? Nabokov joue donc sur un terrain miné, et son livre publié en 1955 n'a rien perdu de son actualité.  Je comprends tout à fait que certains abandonnent l'oeuvre avant la fin: Humbert part dans de nombreuses descriptions dithyrambiques, et on se surprend parfois à se prendre nous même au jeu, , à s'attacher et à s'approprier le visage de Lolita et le sentiment d'Humbert... puis la triste vérité nous revient en général brutalement au visage: c'est d'une petite fille dont il s'agit, l'objet absolu de ses fantasmes. Voila qui est bien compliqué. 

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Je trouve qu'un élément rajoute encore un peu à ce malaise qu'instaure Nabokov: la pureté de toutes les descriptions. La réciprocité, au début tout du moins, des sentiments ou de l'attirance ne parait pas malsaine une seule seconde, dans la poésie des phrases de Nabokov. Même le rapport sexuel (puisque rapport sexuel il y a) n'est pas "sale". Les tournures de phrases ne font que sous entendre de plus vilaines vérités. 

 

Bref dans Lolita, tout est sous-jacent, obscurcit par la tendresse des adjectifs (d'ailleurs nombreux) toujours bien approprié. On en viendrait  presque page après page, à oublier le thème abordé.

 

-Road Trip:

Lolita est avant toute chose une puissante et profonde histoire d'amour. Mais le vice caché d'Humbert Humbert l'obligera à chercher à se cacher en permanence. Il sera ainsi contraint de parcourir l'Amérique, voyageant avec sa dulcinée de motel en motel, plus pourris les uns que les autres. La paranoia va finir par s'emparer de lui, mais on se demande vers les trois quarts du bouquin si celle-ci ne finit pas par se justifier...

Le livre est, comme vous l'imaginez, grandement axé sur la personnalité et la relation des deux personnages principaux.

=> Humbert Humbert:On ne sait pas vraiment quoi penser de lui. Parfois très humain, parfois monstrueux. L'emploi de la 1ère personne du singulier nous force à le comprendre, un peu, si ce n'est à l'accepter. On partage ses envies, ses peines, ses doutes... etc... L'anomalie du personnage, mis en page avec une grande finesse, vient du décalage entre cet homme conservateur, à l'allure impeccable (on lui confirait presque nos enfants!) et le lourd penchant qu'il cache.  Il représente la réussite intellectuelle ce qui démontre une chose: il ne faut pas se fier aux apparences.. 

Dans Lolita, son nom est parfois repris, modifié et associé à un terme qui coïncide avec son ressentis. Humbert Humbert est donc très conscient de ses forces comme de ses faiblesses. Il ne se cherche aucune excuse et essaye plutôt de nous faire comprendre sa pathologie. 

 

" Je t'aimais. J'étais méprisable et brutal, mais je t'aimais, je t'aimais. Et il y avait des jours où je savais ce que tu ressentais, et c'était pour moi un supplice infernal, mon enfant. Petite Lolita, brave Dolly Schiller."

 

=> Lolita:C'est LA transformation du livre. Le personnage évolue constamment sous la plume de Nabokov! On l'aime, on la plaint, on lui en veut. On oublie presque devant son extrême culot et son sang-froid à toute épreuves qu'elle joue le rôle de la victime. Ne vous méprenez pas, Lolita est tout ce qu'il y a de consentante ce qui ne va pas l'empêcher d'accuser son "père" de viol à plusieurs reprises. Elle se livre à Humbert Humbert, sensible à ses charmes, et dès son jeune âge, elle aime plaire, est décrit comme aguicheuse, porte des vêtements courts... etc

 

-Vladimir Nabokov est un Dieu:

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 Autant je peux aisément concevoir qu'il y ait débat sur le thème abordé par l'oeuvre, autant il me semble inconcevable d'argumenter sur le style de Nabokov. rare sont les oeuvres qui alignent de si longues phrases au vocabulaire si riche sans nuire en aucune façon à la compréhension du texte. Nabokov beigne de poésie ses descriptions d'amour, qui sont toujours juste et puissante. On a vraiment le sentiment de lire à même le coeur du narrateur, et force est de constater que rare sont les auteurs à avoir su parler des sentiments comme lui.

 

Quelques questions lui survivent quand même: peut on disserter de tout? Peut on pardonner certaines choses avec certaines explications? Peut on lutter contre ses propres sentiments? Chacun se fera son opinion personnel du sujet. Je préfère, quant à moi, vous laisser là dessus, vous conseiller de tout coeur de lire Lolita à qui j'accord un mérité 16/20.

 

En cadeau, voici, rien que pour vous, la toute fin de l'oeuvre qui est aussi un des plus beaux passages. A noter que je m'excuse auprès de la communauté d'avoir tardé à finir cet article, période de partiel oblige. Suivront, pour me faire pardonner, et dans l'ordre, les avis sur l'attrappe-coeur, de Sallinger, les frêres Karamazov; de Dostoïevski, et Quand souffle le vent du nord, de Daniel Glattauer. A très bientôt!

 

Par Byron http://1001pages.over-blog.com Publié dans : livres. Communauté : Lire 56 forums 

Publié dans CRITIQUE LITTÉRAIRE

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Byron 18/02/2011 18:30



Merci beaucoup pour le partage David! 


Tu avais raison, mes statistiques se sont envolés grâce à toi, et je t'en suis infiniment reconnaissant!


A bientôt sur nos blogues respectifs!


Amicalement.Byron.



Sylvia 15/02/2011 21:03



Merci pour ce partage,


J'ai lu Lolita à l'age de 18 ans, en livre de poche, probablement acheté en supermarché, presque par hasard. 


Le problème de la pédophilie me tient très à coeur et bien sur, comme tout le monde, il me révolte mais Lolita ne m'a en rien choquée, je l'ai lu entièrement, plusieurs fois, saisissant à chaque
lecture de nouveaux aspects de la psychologie des personnages.


Ce lien maléfique et ambigu est superbement décrit par Nabokov qui nous permet de plonger au coeur de cette problématique tabou entre toutes.


Le retournement de situation est très habilement décrit, lorsque Lolita prend définitivement de l'ascendant sur son "père" et en fin de compte on ne distingue plus très bien qui est bourreau, qui
est victime. On se prend à se féliciter de cette revanche et pourtant, la douleur de l'homme nous émeut malgré nous. Les cartes sont brouillées et c'est là tout le génie de Nabokov;


C'est un livre que je conseille à toute personne concernée de loin ou de près par ce problème et qui souhaite aller au-delà des clichés.


amitiés


Sylvia